• CERF ET LE LOUP.

     

    120219-loup-8-copie.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     



    Sur ces deux animaux mythiques, et leurs rapports respectifs en matière de prédation, de même que celle de l’homme, beaucoup de légendes et de croyances circulent, mais qu’en est- il exactement et que disent, au-delà des croyances populaires, les études scientifiques ?
    Tout d’abord, quelques notions préliminaires :


    - La structure d’âge modélisée à partir de la population actuelle de l’île de Rhum, non chassée, montre que la courbe de mortalité naturelle (« attrition ») présente deux pics: le premier concerne les faons, et les jeunes de mois d’un an, plus sensibles à la prédation, les maladies, les décès par carence de nourriture hivernale, et l’autre les individus plus âgés. La prédation par le loup se rapproche de la courbe d’attrition naturelle.



    - Hors chasse sélective déterminée par un suivi individuel des cerfs mâles, les prélèvements de ceux-ci par l’homme se concentrent plus sur les animaux porteurs d’un trophée attirant la convoitise, donc, souvent des cerfs n’ayant pas toujours atteint la maturité.





    VRAI OU FAUX ?

    1° LES LOUPS PRELEVENT PREFERENTIELLEMENT LES ANIMAUX JEUNES, AGES, MALADES OU AFFAIBLIS.

    Vrai, mais avec beaucoup de nuances : dans une étude réalisée dans les Carpates (Bieszczady National Park) concernant une période de 11 ans, 324 dépouilles de cerfs de plus de 4 mois, tués (ou dévorés…) par les loups ont été analysées.
    Parmi ceux-ci, 69 faons, 96 biches et 159 cerfs mâles.
    Les cerfs mâles adultes sont plus vulnérables à la prédation que les biches.
    En effet, les mâles et les biches constituent respectivement 62 et 38% des adultes tués par les loups, alors que le sex-ratio dans la population est respectivement de 37 et 63%.
    La distribution de l’âge diffère également : en moyenne, les cerfs mâles prélevés par les loups sont plus jeunes (76% de moins de 5 ans- 4 ans en moyenne-) que les biches (62% de plus de 8 ans- 9 ans en moyenne-).
    La pyramide de prélèvement par les loups et les chasseurs diffère de façon significative.
    La structure d’âge des cerfs mâles tués par les loups diffère de celle de la population vivante, avec un prélèvement élevé entre 2 et 5 ans et le plus bas entre 5 et 10 ans.
    Les biches sont moins vulnérables car elles vivent en groupe.
    Donc, les loups prélèvent surtout les faons, les biches âgées et les jeunes cerfs mâles entre 1 et 5 ans.
    Ceux-ci sont plus vulnérables que leurs aînés, car leur développement corporel n’est pas à son apogée et ils n’ont pas encore la ruse que leur confère l’expérience.
    Ils sont plus bas dans la hiérarchie et généralement rejetés à la limite extérieure de la harde.
    Toutes ces caractéristiques facilitent leur prédation.
    Les loups ne respectent donc que partiellement la pyramide des âges idéales définie par le théoricien en prélevant un nombre respectable de cerfs subadultes
    Il faut cependant remarquer que l’âge des animaux tués a été estimé sur base de l’usure dentaire, à partir d’une carcasse et par conséquent, il n’est pas possible de juger de la proportion d’animaux malades prélevés : on peut très bien avoir un cerf « prometteur » qui soit atteint d’une maladie, ou blessé, ce qui en fera une proie plus facile.


    Wojciech OEMIETANA
    OEmietana W. 2005. Selectivity of wolf predation on red deer in the Bieszczady
    Mountains, Poland. Acta Theriologica 50: 000–000.
    A pattern of wolf Canis lupus Linnaeus, 1758 predation




    2° LES HOMMES PRIMITIFS AVANT L’ INVENTION DES ARMES A FEU PRELEVAIENT COMME LES LOUPS.

    Cette étude a été réalisée afin de voir si les hominidés (nos ancêtres directs) disposant d’armes plus perfectionnées que celles de leurs prédécesseurs, les Néandertaliens, étaient capables de chasser des animaux plus gros (des cerfs plus âgés), ce qui leur aurait fourni un avantage et donné une explication à leur suprématie sur les Néandertaliens.
    L’auteur s’est focalisé sur une espèce de proie en particulier, à savoir le cerf, de façon a pouvoir se baser sur l’âge des animaux prélevés, en étudiant l’usure dentaire.
    Ces résultats ont démontré qu’il n’y avait pas de différence significative dans les classes d’âge d’individus prélevés aussi bien par le Néandertaliens que par les hominidés primitifs, à savoir qu’ils étaient aussi bien les uns que les autres capables de prélever des individus adultes, contrairement aux loups qui prélèvent essentiellement des jeunes, des vieux, et des malades.
    Ceci bouscule donc le mythe du « bon » sauvage qui respectait la nature et prélevait des animaux selon le même schéma que les loups.


    RED DEER: THEIR ECOLOGY AND HOW THEY WERE HUNTED BY
    LATE PLEISTOCENE HOMINIDS IN WESTERN EUROPE
    A DISSERTATION
    SUBMITTED TO THE DEPARTMENT OF ANTHROPOLOGICAL SCIENCES
    AND THE COMMITTEE ON GRADUATE STUDIES
    OF STANFORD UNIVERSITY
    IN PARTIAL FULFILLMENT OF THE REQUIREMENTS
    FOR THE DEGREE OF
    DOCTOR OF PHILOSOPHY
    Teresa Eleanor Steele
    August 2002

    JLJorion