• COMMENT VIEILLISSENT LES CERFS ? 1° partie

     

     

    Question intéressante qui commence par un préambule, à savoir, pourquoi vieillissent les cerfs ?

                                                                                                          

    Monsieur de la Palice répondrait évidemment : parce que le temps passe et qu’ils prennent de l’âge…

    La question devrait donc être reformulée : pourquoi certains cerfs vieillissent-ils ?

    Le sens de la question est évidemment autre, à savoir, si certains cerfs arrivent à un âge canonique,  quelle en sont les raisons ?

    S’ils arrivent à la fin de leur vie, c’est parce qu’ils ne sont pas décédés prématurément de façon naturelle (maladie), ou par accident, braconnage,  mais surtout parce que le chasseur ne l’aura pas prélevé : le but légitime de ce dernier étant de récolter un trophée arrivé à maturité (à partir de 10 ans),  si il s’agit d’un cerf au trophée imposant, il ne l’a pas récolté soit parce qu’il a décidé de l’épargner par « amitié » (mascotte), soit plus prosaïquement et le plus souvent parce que le cerf aura été suffisamment habile pour échapper à la carabine.

    Une autre raison, qui est certainement majoritaire, concerne les individus dont les bois n’ont jamais excité la convoitise, et qui auront « tranquillement » traversé une existence complète de cerf pour arriver à la sénescence.

    Si l’attrition est purement  naturelle  (maladie, accident), elle sera en principe purement aléatoire, nonobstant l’existence inévitable d’individus plus faibles ou plus forts.

    Si elle est soumise à l’action des  prédateurs naturels (loup), elle concernera les sujets jeunes ou âgés.

    Si elle est artificielle (prélèvement par l’homme), elle risque, hormis tir sélectif désigné par un suivi individuel, de concerner les cerfs « surdoués », au pire aussitôt qu’ils expriment leur potentiel évolutif (vers 6 ans), au mieux dès qu’ils ont atteint leur maturité, à partir de 10 ans.

    Un cerf doté d’un trophée attisant la convoitise du chasseur a donc, à priori, hormis exceptions (ravalement prématuré ou inattendu, échec de prélèvement) peu de chances d’arriver à un âge canonique. C’est le principe même de la chasse et on ne peut évidemment lui contester de récolter des cerfs à leur apogée.

    La majorité des observations d’évolution risque donc de concerner des individus en dessous de la moyenne, et donc de donner une idée fausse, rendue encore plus imprécise par la rareté des suivis de cerfs « seniors ».

    On ne pourra donc que se contenter d’observations individuelles, tout en sachant que des exceptions existent, et que dans l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible de prédire l’évolution moyenne des individus.

    Nous devons donc actuellement nous contenter de ces informations fragmentaires.

    Mais ceci n’est évidemment pas le propos de cet article n’est pas de savoir pour quelle raison ils vieillissent, mais de quelle manière.

    Pour savoir comment vieillissent les cerfs, il suffirait, me direz-vous de les observer en enclos

    Ce genre d’observation n’aurait cependant aucune valeur, car ce serait comme si l’on voulait observer le phénomène chez l’homme, imaginer un individu né dans un hôpital, et qui y passerait l’entièreté de sa vie, bénéficiant d’une surveillance et de soins médicaux permanents, nourri avec une alimentation équilibrée qui le dispenserait de nos excès quotidiens, et maintenu en vie jusqu’à la fin par perfusion, alors que dans la nature, nous devrions plutôt nous référer aux bushmen du Botswana.

    Bien sûr, il existe des populations en parcours libre, non chassée, comme par exemple le cheptel de l’ile de Rum en Ecosse, mais malgré les très nombreuses publications scientifiques  la concernant, à ma connaissance, aucune ne fait référence aux caractéristiques physiques du processus de vieillissement.


    Les critères corporels

    Nous ne parlerons évidemment pas des critères « habituels » qui ont fait dire à des générations d’observateurs que les caractéristiques qui faisaient désigner un cerf  comme étant « vieux» étaient en réalité les signes physiques normaux attestant simplement du fait qu’un individu avait atteint l’âge adulte, voire qu’un sub-adulte était atteint de puberté précoce (gros cerf, gros bois, jabot, activité intense au brame, etc…), mais des signes corporels qui peuvent nous indiquer qu’un cerf est à la fin de son existence.

    Les rides et les cheveux blancs (quoique ce critère soit peu fiable, car si l’on devait s’y fier, cela ferait déjà bien longtemps que j’aurais été prélevé) n’existant pas chez les cerfs, il faut rechercher d’autres indices :

    -          Déchirures aux oreilles : indice peu fiable car plus révélateur du caractère « bagarreur » de l’individu (et de ses adversaires) que de son âge, quoique, bien entendu, plus un cerf est âgé, plus ses oreilles risquent d’en souffrir, de la même manière que les blessures corporelles en général (œil crevé, p ex)

    -          Aspect de la mâchoire : à priori, un cerf âgé ayant sa dentition plus usée aura une mâchoire inférieure « rentrante », comme les êtres humains édentés. Cette règle est cependant susceptible de souffrir d’exceptions, tel ce cerf, qui, observé pour la première fois en 2009, donnait l’impression de répondre à ce critère, et qui a été tiré en 2011, à l’âge de « seulement »  11 ans : l’examen de sa mâchoire a montré qu’il souffrait en réalité de « micrognathie »,  à savoir que son maxillaire inférieur était plus petit que le supérieur, (photo  1 et  2) ce qui lui donnait cet aspect de « papy »

    bélier-copybélier-dents-copyphoto-1-copie.jpg

     

     


    -         photo-2-copie.jpg

















    Le « double menton » : plissure de peau, au niveau de la gorge.

    -          Le poil grisâtre au niveau de la face : on parle ici d’un grisonnement de l’ensemble des poils de la face et non pas des lunettes qui peuvent être présentes chez les cerfs jeunes.

    -          L’expression faciale : un cerf âgé portera les stigmates de son existence : un air « bourru », au contraire de l’expression juvénile et naïve des sub-adultes.

    -          Les pivots se raccourcissant chaque année, les meules sont « plaquées » en toit sur le crâne.

    -          La silhouette : le vieux cerf a un cou trapu, horizontal, dans la ligne de prolongement du dos, la masse du corps est portée vers l’avant, en trapèze.

    -          Aspect général du corps : un cerf âgé à priori ayant plus de difficultés à s’alimenter a plus de chances de présenter des indices de cachexie (maigreur). Mais ceci peut être simplement la traduction d’une maladie. Un indice plus fiable est la « selle » et la « bosse de bison » de la ligne du dos. (photo 3).

    photo-3-web.jpg



     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Cet indice, déjà observable en été, lorsqu’ils sont en pleine venaison,  dans notre (modeste) expérience s’est révélé particulièrement fiable. De la même façon, on constate un affaissement du cou, signe d’une régression de la musculature.

    -          Arthrose : comme les être humains, les cerfs souffrent de dégénérescence des articulations et peuvent présenter de gros genoux cagneux (photo 4)

    bosse-de-bison-et-genoux-caphoto-4-copie.jpg

    -         

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Comportement : un cerf au mieux de sa forme sera dominant sur sa place de brame. Lorsqu’il l’aura tenu quelques années, la saison ou il la perdra est un signe qu’il est au climax de sa forme : ce qui ne veut pas dire  que son trophée régressera à partir de ce moment : l’énergie économisée par la réduction de l’activité reproductrice  pourra être réinvestie dans ses bois

    -          Chaque perte des bois entraînant une partie du pivot, les meules sont « collées » au crâne.