• COMMENT VIEILLISSENT LES CERFS ? 2° partie - L’évolution de la ramure

     

    Chaque année, le cerf perd ses bois, pour en repousser de nouveaux, plus longs, plus lourds, plus ramifiés (quoique le nombre de pointes atteigne généralement un plateau vers l’âge de 6 ans).

    L’évolution se fait de façon régulière et linéaire jusque l’âge de 9-10 ans, pour atteindre ensuite un plateau relativement stable entre 10-11 et 13-14 ans, avec cependant des variations, voire des régressions passagères chez certains individus, du fait d’un problème de santé transitoire.

    Ce cycle a été illustré par le graphique suivant, publié par Raesfeld (« Das Rotwild »).

    L’auteur a cependant été, je ne dirais pas paresseux, mais la présentation est cependant trompeuse, un seul schéma reprenant une représentation  unique pour les 10° à 14° têtes.

    Ce schéma a par ailleurs été reproduit dans certaines publications en omettant le commentaire « 10-14. Kopf », ce qui a pu laisser croire que le ravalement survenait directement après l’apogée, dès après 10 ans, court-circuitant  ainsi la phase de plateau :

    evolution-bois-copie-2.jpg





    Une représentation plus correcte et réaliste serait donc la suivante (adaptation personnelle d’après le schéma d’origine) : 

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    Le processus de ravalement interviendrait donc, en moyenne, à partir de la 15° tête.

    En moyenne, donc, car chez certains individus  ce processus surviendra plus tôt.

    Deux points restent cependant obscurs :

    1° les individus dont la ramure est supérieure à la norme ravalent-ils plus tôt ou plus tard que ceux dans la moyenne ? En d’autres termes, le processus de ravalement survient-il plus tard chez les cerfs « surdoués », ou au contraire, au plus rapide sera la croissance initiale, au plus précoce surviendra son asymptote, le ravalement ?

    Malheureusement, les données sont trop rares et trop fragmentaires pour pouvoir tirer des conclusions solides. En l’absence de données statistiquement significatives,  nous devons donc nous contenter de cas de figure.

    2° de quelle manière survient le ravalement ?  Si l’on en croit le schéma de Raesfeld, la fonte survient par le haut, avec disparition progressive du chandelier.

    Mais de nombreuses observations de terrain montrent que le ravalement survient au contraire par le bas, avec disparition des andouillers d’attaque, avec comme signe prémonitoire la pliure d’âge à la base du merrain.

    Il est vraisemblable que les deux scénarios soient d’application, le stade extrême du ravalement aboutissant à deux moignons de bois 

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    Ce stade extrême ne signifie pourtant pas le décès automatique de l’animal dans l’année en cours, avec pour preuve la photo ci-jointe montrant  qu’un cerf peut encore « jeter » ce moignon, et par conséquent, survivre l’année suivante 

    mue-de-ravalant-complet-cop.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    L’histoire ne nous dit malheureusement pas ce qu’il est devenu.

    Attention cependant à ne pas confondre le processus de ravalement avec les anomalies de développement (têtes bizardes) du fait d’un défaut accidentel (blessures en velours) ou permanent

    Quelques exemples

    « La futaie » :  cerf suivi jusqu’à son prélèvement, à l’âge canonique de 17 ans.

    la-futaie-trophée-et-mues-c.jpg


    la-futaie-a-17-ans-copie.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La raison de sa longue survie a été que la règle de tir dans le conseil cynégétique ou il vivait imposait que pour pouvoir être prélevé, un grand cerf devait avoir plus de 90 cm (partant du principe qu’un cerf de 9 ans ou plus a en moyenne des bois de 90 cm) ou plus de 9 ans.

    Hors, ce cerf, hormis une année ou il a tutoyé la fatidique longueur, est resté systématiquement en dessous de 90 cm de perche. Il n’a donc été prélevé que fort tard, à un moment ou son statut de cerf ravalant ne faisait plus aucun doute. L’évolution de sa ramure est intéressante : on ne sait si c’est l’exception qui confirme la règle, ou la règle effective de l’évolution d’un individu moyen.

    Preuve ex-vivante, par conséquent, qu’un individu de développement  moyen (en ce qui concerne ses bois) peut vivre longtemps. Le ravalement s’est produit de façon « harmonieuse », sur l’ensemble de la ramure, qui aurait pu être confondue avec celle d’un sub-adulte de développement médiocre.

    De façon intéressante, sur le cliché ci-joint, pris au mois d’août l’année de son prélèvement, donc, à l’âge de 17 ans, il présente des taches blanches sur le pelage, comme un faon

    Egalement, sur le massacre, on observe bien que les pivots ont gardé une certaine hauteur, faisant exception à la règle.

    Le « tordu des roches » : 14 ans : ravalement extrême, par fonte par le bas et pliure d’âge nettement marquée : ce cerf était porteur d’un trophée assez médiocre, et n’a pu être identifié avec certitude que grâce à une déchirure particulièrement caractéristique d’une oreille. 

    cerf-14-ans-copy.jpg

     












    Cerf de 16 ans : situation mixte : ravalement par le bas à gauche, avec bois réduit à une dague avec pliure d’âge de ce côté, ravalement « harmonieux » du bois droit.

     cerf-16-ans-copie-b.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    En conclusion : la rareté des données d’observation des très vieux cerfs, par ailleurs biaisée par le fait que la majorité des cerfs porteurs d’un trophée imposant sont prélevés au mieux à leur apogée, au pire dès qu’ils expriment leur potentiel ramuraire ne nous permet pas de dégager des règles précises concernant le processus de vieillissement des cerfs. De toute manière il y aura toujours des exceptions et des évolutions individuelles différentes.

    Le sujet est cependant passionnant, et je fais ici appel aux lecteurs qui disposeraient d’observations, de clichés de cerfs vivants, ou de massacre, afin qu’ils me transmettent ces données afin d’enrichir notre connaissance de l’animal.