• CERFS D’EPARGNE

    Le titre de cet article pourrait prêter à confusion: il ne s’agit pas de savoir quels cerfs « épargner », mais de comparer l’âge du cerf auquel il serait prélevé à un modèle « financier ». A savoir de quelle façon les hommes gèrent leur argent…

    Un premier extrême serait le chasseur comparé à un « petit épargnant » : celui qui ne jure que par le compte d’épargne : même si il sait qu’en plaçant son argent dans des actions qui pourraient lui rapporter plus, il ne veut rien entendre. Il ne veut prendre aucun risque. « Je paye, donc je tire ». Il n’hésitera pas à prélever un cerf de 6 ou 8 ans, promis parfois à un bel avenir. Mais cela pourrait aussi bien être un cerf de 10 ans, et cela sera tant mieux. En ce cas, le choix du prélèvement d’un cerf est (en principe) complètement aléatoire, et, seule la limitation du nombre de grands cerfs autorisés (1 à 2 pour 1000 Ha selon les densités) permettra à certains cerfs de vieillir.

    L’autre extrême est le « trader » : il décide de laisser vieillir un cerf bien au –delà de 10 ans, jusque 14, voire 15, en espérant que chaque année lui permettra de « gagner » quelques points CIC. En ce cas, le risque est gros de voir entretemps disparaître le cerf, prélevé par un autre chasseur, braconné, mort de maladie, au combat ou de raison mystérieuse, mais il est prêt à le prendre.

    Dans un cas comme dans l’autre, les extrêmes sont toxiques pour l’économie : l’épargnant  bloque son avoir, ne permettant  pas à l’argent de circuler, or, c’est ce qui fait la vraie richesse d’un pays ; et les conséquences des politiques abusives des traders ont eu les conséquences que l’on connaît.

    L’excès nuit en tout, et la vérité se situe le plus souvent au juste milieu.

    Au centre, « l’actionnaire avisé » : il suit les cours de la bourse, revend certaines actions au bon moment, en achète d’autres, bref, fait vivre l’économie de façon active.

    C’est le chasseur-suiveur. Avec la collaboration de son garde, de photographes, de muéristes, il suit les cerfs et les prélève à maturité, à10 ans accomplis, avec une marge d’erreur qu’il essaye de réduire autant que possible.

    Le prélèvement d’un cerf de récolte n’est par conséquent pas le fruit du hasard, mais le cheminement d’un processus avec au terme la satisfaction de plusieurs années de patience.

    Un cerf « mérité », en somme…

    Le CIC vient de changer le système de cotation des médailles, en alignant les valeurs sur celles des cerfs de l’est.  L’intention est louable, mais la médaille risque d’avoir son revers : la diminution du nombre de médailles récoltées risque d’alimenter l’argumentation des adversaires de la chasse, en prétendant que ladite diminution est la conséquence d’une gestion inadéquate.

    On pourrait imaginer un autre système de médailles, différent, et  dont le mérite reviendrait au chasseur et à son garde et non pas à l’animal (pour lequel cela n’a évidemment pas la moindre importance, bien au contraire : plus son trophée est imposant, moins grande sera son espérance de vie et inversement).

    Le mérite serait attribué en fonction de la durée et de la qualité du suivi, indices de pertinence du moment auquel le cerf serait prélevé de façon « programmée ».

    Par exemple, on pourrait imaginer attribuer une médaille de bronze pour un cerf bénéficiant de 4 à 5 années complètes de suivi par photographies et/ou mues, d’argent pour 6 à 7 années de suivi, et d’or pour 8 à 9 ans de suivi, et ce, quel que soit la cotation définitive du trophée.

    Et…médaille de chocolat pour un cerf de 195 points ou plus prélevé « par hasard »….

    Mais ce système, paradoxalement, favoriserait le chasseur-trader…


     

     

    "Les bonnes questions ne se satisfont pas de réponses faciles"

    Paul SAMUELSON